PFAS : La Métropole Rouen Normandie porte plainte contre BASF

Fin juillet, la Métropole Rouen Normandie a déposé plainte contre l’entreprise de pesticides BASF pour ses rejets « massifs » dans la Seine de TFA, un polluant éternel (PFAS). Elle dénonce une atteinte à l’environnement et à son patrimoine naturel. Mais le groupe allemand assure que son site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf est fortement engagé dans la réduction des émissions de TFA dans l’eau.

Dans un courrier envoyé au procureur de la République de Rouen le 30 juillet 2026, mais révélé le 7 août, la Métropole de Rouen annonce porter plainte contre l’entreprise BASF Agri Production, pour des rejets « massifs » dans la Seine de per- et polyfluoroalkylées (PFAS), depuis son usine de Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Classé Seveso seuil haut, ce site produit du fipronil, à partir notamment de TFA (acide trifluoroacétique). Utilisé en chimie organique comme réactif puissant, solvant ou agent de clivage en synthèse peptidique, cet insecticide est soupçonné d’avoir des effets toxiques sur la reproduction, le foie, la thyroïde et le système immunitaire.

Des seuils de TFA trop élevés par rapport à ce qui est recommandé par des instituts

En mai 2024, des mesures réalisées dans le cadre de la campagne nationale de recherche des PFAS ont révélé un seuil de 420 000 microgrammes par litre (µg/L) de TFA à l’entrée de la station d’épuration industrielle de BASF, soit un flux de 176 kg. À la sortie, 28 000 µg/L avaient été quantifiés, ce qui correspondait à 87 kg de TFA dans la nappe. Ce qui est largement au-dessus des taux préconisés.

L’Institut national de la santé publique et de l’environnement néerlandais (en néerlandais : Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu, ou RIVM), par exemple, propose de fixer une norme à 2,2 µg/L en milieu naturel, soit près de 13.000 fois moins que ce qui a pu être détecté à la sortie du site de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf. À ce jour, le TFA ne fait pas partie des 20 PFAS soumis à une limite de concentration maximale par l’Union européenne, alors que de nombreuses études suggèrent sa toxicité.

La Métropole de Rouen demande la réalisation d’expertises scientifiques à la station de BASF

À la lumière de ces études scientifiques, la Métropole de Rouen dénonce une possible atteinte aux poissons et aux espèces protégées et une pollution des eaux et du milieu naturel. Elle évoque aussi une faute d’imprudence ou de négligence et une atteinte à son image.

Face au niveau potentiellement élevé de la pollution au TFA, la Métropole de Rouen demande la réalisation d’expertises scientifiques afin de déterminer « les périodes et l’ampleur de leurs rejets dans l’environnement (air, sols, nappes, eaux fluviales et captées) », ainsi que leurs persistance et effets sur la santé et la faune. Pour l’heure, elle repose sa plainte sur les analyses des eaux souterraines, indiquant une concentration de 460 µg/L de TFA dans la nappe des alluvions, à proximité de la station d’épuration.

BASF assure respecter « les limites fixées par la préfecture et la DREAL »

Contactée par Reporterre, la direction de BASF à Saint-Aubin-lès-Elbeuf s’est dite « fortement engagée à réduire ses émissions de TFA dans l’eau » et indiqué respecter « les limites fixées par la préfecture et la DREAL ». Elle assure aussi que « le site a réduit de plus de 90 % ses rejets », permettant le maintien d’une « activité industrielle importante ».

Mais cette information ne convainc pas riverains et associations de lutte, qui réclament une « dépollution de l’eau et des sols » par l’entreprise. En juin 2025, le collectif d’associations locales Les Gardons avait déjà dénoncé les rejets de PFAS de l’usine. Quelques mois plus tard, plusieurs centaines de manifestants avaient bloqué l’entrée de la station pour les mêmes raisons.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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