Albanie : un mégaprojet immobilier de la famille Trump suscite la colère de la population

Trump, un nom qui rime désormais avec protestation. En Albanie, un mégaprojet immobilier d’Ivanka Trump et son époux Jared Kushner rencontre une forte opposition de la population locale ces derniers jours. Des manifestations sont organisées pour dénoncer à la fois la destruction d’espaces protégés et un système de clientélisme mis en place par le Premier ministre albanais. Observant la situation de près, la Commission européenne a averti Tirana que toute mauvaise gestion de ce dossier pourrait compromettre l’adhésion du pays à l’UE.

Jared Kushner et son épouse Ivanka Trump, la fille du président américain, ont annoncé au printemps 2024 un mégaprojet immobilier de 1,4 milliard d’euros sur l’île de Sazan, en Albanie. Il s’agit de construire des hôtels de luxe devant accueillir des touristes venus du monde entier. Mais cette initiative suscite une vive critique parmi la population locale, qui multiplie les manifestations. Une quarantaine d’ONG sont également de la partie. Elles dénoncent une menace pour la biodiversité locale, et en particulier pour les flamands roses.

Des manifestations en Albanie contre le projet immobilier des Trump

L’île de Sazan, la seule du littoral albanais et de la péninsule voisine de Zvernëc, comprend une zone naturelle protégée, la Vjosa-Narta, composée d’une mosaïque d’habitats naturels à la biodiversité très riche. Le projet des Trump veut en urbaniser une grande partie. Il menace ainsi de nombreuses espèces animales et végétales, dont les flamants roses, en passe de devenir le symbole des manifestations en cours. Celles-ci ont lieu depuis plusieurs semaines, avec un point d’orgue le samedi 6 juin, dans la capitale Tirana et dans la lagune protégée de Vjosa-Narta.

« À bas l’oligarchie, Narta est à nous »

Les protestataires ont porté des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire « L’Albanie n’est pas à vendre », « Les flamants roses n’ont pas de voix, nous parlons pour eux » ou encore « À bas l’oligarchie, Narta est à nous ». Certains avaient en main des flamands roses gonflables proclamant par intermittence la « révolution des flamants roses » pour qualifier leur mouvement contre le projet immobilier écocide de la famille Trump. En plus de la destruction des beautés naturelles de l’Albanie, au profit d’une petite élite économique, ils ont déploré la corruption et la privatisation sauvage de leurs terres.

Tirana rejette les accusations de clientélisme

Face aux accusations de clientélisme en faveur de la famille Trump, les autorités albanaises ont affirmé que les investisseurs étaient « deux copropriétaires de la société Power International Holding W.L.L du Qatar, une holding qui possède différentes entreprises et dont le portefeuille touristique est l’un des plus prestigieux du monde ».

Dans une interview à CNN, le Premier ministre albanais, Edi Rama, a lui aussi rejeté les accusations des ONG liant ce projet à la famille Trump : « Il n’existe pas d’île appartenant à la famille Trump. Il est inconcevable que la famille du président des États-Unis s’empare de zones protégées abritant des flamants roses », a-t-il soutenu. Mais personne ne le croit.

L’UE menace l’Albanie au sujet de sa candidature d’adhésion à l’Union

Observant tout ce qui se passe de près, la Commission européenne a adressé une menace à peine voilée à Tirana. Elle lui a demandé de « s’abstenir d’actions pouvant compromettre » la candidature de l’Albanie à l’UE. Ce qui suppose que le gouvernement albanais doit s’aligner sur les règles environnementales du bloc européen, mais aussi sur ses valeurs démocratiques, en évitant une répression brutale. De son côté, le parquet spécial anticorruption (SPAK) a ouvert une enquête portant sur l’origine des fonds et sur les changements dans le statut de la zone protégée de Vjosa Narta.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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