Pollution : et si on transformait le plastique en cookies ?

Une idée aussi farfelue que vraie ! Pour résoudre le problème que pose le plastique, des scientifiques américains proposent de transformer la matière en biscuits comestibles. Pour cela, ils ont mis au point une levure génétiquement modifiée capable de transformer le PET en cookies imprimés en 3D. Cette approche est intéressante car elle offre une nouvelle technique de valorisation des déchets, ainsi qu’un moyen de fournir de l’alimentation là il est difficile d’en trouver. Mais il faudrait d’abord s’assurer que c’est bel et bien sain pour l’Homme.

Malgré les efforts des associations et des gouvernements, la pollution plastique reste un important problème environnemental et même un enjeu de santé publique. Or la production mondiale de plastique continue d’augmenter. Elle devrait atteindre plus d’un milliard de tonnes par an en 2060, contre 400 millions actuellement, d’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Quand on sait que cette matière met des décennies à se décomposer dans la nature, il y a de quoi à s’inquiéter.

Pourquoi ne pas manger le plastique sous forme de biscuits ?

Comme les différentes solutions de valorisation des déchets plastiques peinent à régler le problème de la pollution, certains proposent tout bonnement de manger la matière. C’est l’idée des chercheurs de l’Université du Sud de l’Illinois à Carbondale (SIUC), aux États-Unis. Pour se faire, ils ont mis au point une levure spécialement conçue pour transformer le plastique en biscuits comestibles imprimés en 3D. Ils ont présenté les résultats de leurs travaux devant la très savante American chemical society, le lundi 24 août 2026.

Les microbes, une solution à la hausse de la demande alimentaire mondiale

« Nous cherchions à développer des technologies de valorisation du plastique pour fabriquer des produits à plus forte valeur ajoutée. Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas nous concentrer sur la production alimentaire ? Car le plastique et les aliments sont tous deux composés de carbone », explique dans un communiqué Lahiru Jayakody, microbiologiste et professeur associé au SIUC. Le chercheur rappelle que « la demande alimentaire mondiale devrait augmenter de 35 à 56 % d’ici 2050 » et qu’« environ 30 % de la population mondiale pourrait être exposée à un risque de faim ». Face à une telle perspective, la solution, selon lui, réside dans l’utilisation des microbes.

Des levures génétiquement modifiées au cœur de la technologie

Pour matérialiser leur idée, le docteur Lahiru Jayakody et son équipe ont eu recours à des levures génétiquement modifiées, dont Saccharomyces boulardii, S. cerevisiae et Rhodosporidium toruloides. Ces micro-organismes digèrent des molécules issues de déchets plastiques et agricoles pour produire notamment des protéines, des graisses et des arômes. Pour leur expérience, les scientifiques du SIUC ont utilisé du polyéthylène téréphtalate (PET), un plastique courant et riche en carbone, que l’on trouve notamment dans les bouteilles de boisson, les emballages alimentaires et les vêtements. Ils ont d’abord décomposé la matière avec de l’eau et de l’oxygène à haute température et sous pression.

Le biscuit de plastique théoriquement comestible

Les chercheurs ont ensuite modifié les levures pour convertir les composés issus de cette dégradation (dont le carbone) en protéines, lipides, divers acides et en arômes comestibles. Puis, ils ont mélangé la matière obtenue avec des fibres, de l’amidon et un édulcorant pour former une pâte extrudable par une imprimante 3D. Enfin, ils utilisé cette pâte pour former des biscuits qu’ils ont baptisés µBites (prononcé « microbites »). Il ne restait plus qu’à cuire ces cookies au micro-ondes. Le donut est alors théoriquement prêt à être dégusté…

Mais il faut vérifier s’ils ne représentent aucun risque pour les consommateurs

Si les scientifiques assurent que ces biscuits sont sans danger, ils n’y ont pas encore goûté, faute d’accord de leur université. Pour cause, ils doivent encore effectuer des tests pour vérifier que ces biscuits atypiques sont bien comestibles et qu’ils ne posent aucun risque pour les consommateurs. Pour l’instant, les cookies ont seulement reçu des évaluations positives concernant leur arôme. Les chercheurs attendent désormais les autorisations nécessaires pour pouvoir les produire et les faire manger par des volontaires (y compris par eux-mêmes). Mais il y a un obstacle majeur à leur commercialisation : le coût de la fabrication. Celui-ci s’élève actuellement à environ 60 dollars (près de 51 euros) par kilogramme.

Les biscuits faits de plastique pourraient avoir une utilité dans des zones sinistrées ou des environnements difficiles à approvisionner

Si une commercialisation dans les supermarchés reste peu probable à ce stade, ces biscuits pourraient toutefois servir dans les zones sinistrées, où il y a une pénurie alimentaire à résoudre urgemment. La technologie pourrait également avoir une application dans des environnements difficiles à approvisionner, comme les sous-marins. Cependant, c’est dans l’espace qu’elle aura son application première. En effet, l’étude a été financée par la NASA, dans le cadre du Deep Space Food Challenge, qui vise à développer de nouvelles technologies alimentaires pour les futures missions spatiales de longue durée sur Mars ou sur la Lune.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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