Agriculture : la Chine veut transformer le CO₂ des centrales à charbon en engrais bon marché

En Chine, une entreprise planche sur un projet très prometteur pour une agriculture durable : transformer les émissions de CO₂ des centrales à charbon en engrais bon marché. Selon les premiers tests réalisés à Ningbo, le procédé capte 90% du carbone émis et produit 30 000 tonnes d’engrais par an. Cet engrais issu des fumées améliorerait le rendement du riz de 6,2% et réduirait le coût des intrants de 50%.

À ce jour, les projets de captage du carbone consistent généralement à piéger le dioxyde de carbone (CO₂) émis par les usines ou les centrales électriques et à le stocker dans des couches géologiques profondes, sous forme liquide. Mais ce procédé n’est pas vraiment viable. En plus de la difficulté à trouver un site adapté pour l’enfouissement, il reste coûteux et génère souvent peu de revenus directs. Ce qui rend son déploiement à grande échelle peu intéressant.

JNG transforme le CO₂ en engrais moins cher

En Chine, Jiangnan Environmental Technology (JNG) s’intéresse à cette technologie pour valoriser le CO₂ en le transformant en intrant pour l’agriculture, grâce notamment à l’utilisation de l’ammoniac. L’entreprise installée à Nanjing souhaite résoudre l’un des plus grands problèmes auxquels sont confrontés les systèmes de capture du carbone dans le monde : leurs coûts élevés et leur faible valeur commerciale. Plus encore, elle veut rendre la production alimentaire moins coûteuse.

Aux origines du procédé, la désulfuration à l’ammoniac

La technologie développée par JNG ne date pas d’hier. Au début du XXe siècle, l’élimination du soufre des centrales de charbon reposait sur des procédés à base de calcaire et de gypse. Ces techniques étaient efficaces, mais généraient d’importants volumes de déchets (les polluants atmosphériques). Elles ont été remplacées dans les années 1990 par la désulfuration à l’ammoniac, qui transforme le dioxyde de soufre en sulfate d’ammonium, un engrais azoté et soufré. JNG a étendu cette approche à la capture du dioxyde de carbone, jusque-là surtout associée à des installations conçues pour le stockage.

De l’ammoniac pour faire passer le CO₂ à l’état solide

Concrètement, JNG injecte de l’ammoniac dans les fumées issues de la combustion. Au contact de ce composé chimique, le dioxyde de soufre et le dioxyde de carbone passent immédiatement à l’état solide. À la sortie de la cheminée, ils sont récupérés sous formes de sels déjà bien connus du monde agricole : le sulfate d’ammonium et le bicarbonate d’ammonium. Ces intrants sont ensuite conditionnés pour les coopératives. En août 2025, l’entreprise chinoise a installé un démonstrateur à la centrale thermique de Jiufeng à Ningbo pour transformer les fumées de charbon en engrais durables.

Captage de 90% du CO₂ émis par les centrales à charbon grâce à cette technique

Cette installation capte environ 90% du dioxyde de carbone émis pendant le processus, soit 10 000 tonnes par an, selon le South China Morning Post. Elle produit en même temps 30 000 tonnes d’engrais commercialisable par an, soit trois fois plus en masse que les émissions traitées. Si ce modèle est appliqué à grande échelle, assure JNG, il pourrait rendre la réduction des émissions financièrement intéressante pour les industries fortement consommatrices de charbon, alors que la capture conventionnelle coûte en moyenne 50 à 100 euros par tonne de CO2 séquestrée.

Une hausse moyenne de 6,2% du rendement par rapport aux parcelles fertilisées avec un engrais traditionnel

Pour les paysans, les bénéfices seraient également considérables. Les premières expérimentations menées en 2025 sur les rizières voisines de Ningbo indiquent une hausse moyenne de 6,2% du rendement par rapport aux parcelles fertilisées avec un engrais traditionnel. JNG met également en avant un lessivage d’azote, de phosphore et de potassium nettement réduit dans les eaux d’irrigation, ce qui limiterait la prolifération des algues dans les cours d’eau alentour.

Fort des premiers résultats, des essais en plein champ ont été lancés en Allemagne, en France, en Espagne, en Italie et au Brésil, donc sur des sols et dans des climats très différents. L’entreprise promet une réduction du coût d’achat des engrais minéraux pour les agriculteurs jusqu’à 50% si la filière passe à l’échelle.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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