Au Mozambique, le charbon expédié par ArcelorMittal pollue et menace la santé des habitants. C’est ce que révèle une enquête menée par Disclose, en partenariat avec Socialter et Blast. Le site d’investigation évoque un air saturé de particules toxiques, des terres agricoles empoisonnées, une eau contaminée et des moyens de subsistance détruits. Confronté aux conclusions de ce rapport, le géant de l’acier s’est dit « préoccupé par les allégations » du média, mais assure n’avoir reçu aucun signal d’alerte.
Le site d’investigation Disclose et les médias Socialter et Blast viennent de publier les résultats d’une enquête menée au Mozambique sur le charbon exporté en France par ArcelorMittal pour son usine Dunkerque, depuis le port de Nacala. Le géant de l’acier s’approvisionne auprès de Vulcan Minerals, une filiale du conglomérat indien Jindal Steel, exploitant une mine à ciel ouvert ultratoxique dans la ville industrielle de Moatize.
79 000 tonnes de charbon reçues de la mine de Moatize en août 2025
Pour rappel, ArcelorMittal mélange le combustible fossile à du minerai de fer pour produire des quantités phénoménales d’acier, jusqu’à 15 000 tonnes par jour, soit l’équivalent de la structure de deux tours Eiffel. Le processus est extrêmement toxique. L’usine dunkerquoise émet 12 millions de tonnes de CO2 par an. Soit 15 % des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française. Selon l’enquête Disclose, basée sur des données exclusives de la société Kpler, le site a reçu en août 2025 au moins 79 000 tonnes de charbon en provenance de Moatize. Cette production a des coûts humains et environnementaux très importants.
Les taux de particules fines excèdent jusqu’à sept fois les seuils recommandés par l’OMS
Disclose affirme que les 40 000 habitants de la ville vivent sous les poussières toxiques s’échappant de la mine et remplies de particules fines nocives pour les poumons, exposant les populations à la tuberculose notamment. Les taux excèdent jusqu’à sept fois les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 340 μg/m³. Ce n’est pas tout. Les particules fines et les poussières de métaux (zinc, vanadium et manganèse) polluent également les cultures et les sources d’eau. Par ailleurs, les habitations voisines ne sont pas épargnées. La mine en détruit certaines, via des projectiles de roche incandescente qui traversèrent le ciel.
ArcelorMittal assure « [qu’] aucun risque matériel, signal d’alerte ou constat défavorable n’a été identifié » par ses fournisseurs
Disclose estime que ArcelorMittal ne peut ignorer la responsabilité de son fournisseur dans la mise en danger des riverains de la mine de Moatize, car l’enfer de ces derniers est bien documenté, notamment par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Sollicité par le média d’investigation, le géant de l’acier s’est dit « préoccupé par les allégations relatives à l’impact de l’exploitation du charbon sur les communautés locales au Mozambique ».
Toutefois, ArcelorMittal assure « [qu’] aucun risque matériel, signal d’alerte ou constat défavorable n’a été identifié » par ses fournisseurs. Le groupe dit s’appuyer « sur la base de l’évaluation la plus récente ». De son côté, l’exploitant Vulcan Minerals n’a pas donné suite aux questions de Disclose.
ArcelorMittal a abandonné son virage écologique
Face à ce dialogue de sourds, Disclose est très préoccupé pour la population locale. Le média met au pilori ArcelorMittal, d’autant que l’entreprise a perçu au moins 244 millions d’euros de fonds publics français depuis 2021 pour réduire son empreinte environnementale grâce à la production d’« acier vert ». Mais la société a honteusement revu à la baisse ses ambitions en matière de transition écologique.
Alors que deux fours électriques étaient promis dans ce plan pour 2027, ArcelorMittal n’en compte qu’un, dont la production est désormais reportée à 2029. Le groupe a également abandonné son ambition sur l’hydrogène. Ce changement de cap n’est pas un bon signe pour Disclose, qui attend « un virage écologique plus qu’hypothétique » car le charbon reste pour le groupe industriel une matière première à la fois stratégique et secrète ».
