Captage de CO2 : Bloomineral reproduit la pompe à carbone des océans

À Saclay, dans l’Essonne, la start-up Bloomineral développe une technologie qui permet de capturer du CO2, tout en produisant des biominéraux susceptibles d’intéresser de nombreux secteurs. Ces cristaux peuvent être intégrés dans des matériaux de construction ou remplacer des composants polluants utilisés dans l’industrie automobile. L’ouverture d’une première usine est prévue en 2032.

Comment réduire et éliminer proprement les émissions de carbone des industries ? Ces dernières années, les entreprises de la tech et les scientifiques ont développé diverses approches, plus ou moins efficaces. À Saclay, dans l’Essonne, Bloomineral mise sur un phénomène naturel : la biominéralisation. Ce processus physiologique permet à certains organismes vivants d’élaborer une structure minérale. La start-up fondée en 2023 s’en est inspirée pour mettre au point une technologie capable de capturer du dioxyde de carbone, de recycler des déchets industriels et de produire des biominéraux susceptibles d’intéresser de nombreux secteurs.

Bloomineral veut capter le carbone comme le font nos océans

Le système serait aussi efficace que nos océans dans le captage du CO2. « Grâce à notre technologie, nous pouvons reproduire sur terre la pompe à carbone que nous offrent nos océans », assure la PDG de Bloomineral, Caroline Thaler. Au cours de ses recherches scientifiques, la géochimiste a identifié une espèce d’algues capable de capturer le dioxyde dissous dans l’eau de mer et de le transformer en microscopiques cristaux, même à très basse concentration.

La dissolution du carbone dans l’eau de mer est favorisée par un phénomène appelé l’alcalinisation, qui augmente le pH de l’eau grâce à l’altération de roches alcalines, comme les roches volcaniques. « Or j’ai découvert que certains procédés industriels, comme ceux de l’industrie du ciment, généraient des déchets alcalins. J’ai donc imaginé utiliser ces déchets pour booster la biominéralisation », souligne la fondatrice.

La biominéralisation se déroule en trois étapes

Bloomineral explique que la biominéralisation se déroule en trois étapes. Lorsqu’il pleut, le carbone atmosphérique pénètre l’eau de pluie, où il se retrouve à l’état gazeux, puis finit dans l’eau de ruissellement. Celle-ci entre ensuite en contact avec des roches alcalines qui, une fois dissoutes, apportent dans la mer des ions (dont le calcium) et du CO2, stabilisé sous forme d’ions bicarbonates.

Enfin, les organismes biominéralisateurs utilisent le calcium et le carbone pour créer des minéraux. Dans le but de concrétiser ce mécanisme, Bloomineral va ouvrir en 2032 une première usine. Celle-ci devrait se composer de serres abritant de vastes bassins de quelques dizaines de centimètres de profondeur, remplis d’eau de mer et de déchets alcalins dissous.

Des déchets industriels plongés dans des cuvettes géantes où se trouvent des organismes photosynthétiques

Comment se passe la biominéralisation dans ces grandes cuves ? Bloomineral précise qu’il faut d’abord placer des organismes photosynthétiques sur plusieurs étages au fond des bassins. Il s’agit vraisemblablement d’algues ou des coraux, qui n’auront besoin pour croître que d’une faible luminosité, car habituées à évoluer jusqu’à 100 mètres de profondeur.

Ensuite, des déchets industriels seront plongés dans les cuvettes géantes. Ils vont se dissoudre et favoriser parallèlement la dissolution du CO2 atmosphérique pour son captage. Pour finir, l’on devra combiner certains minéraux contenus dans les déchets avec le carbone absorbé pour en faire des carbonates de calcium aux propriétés intéressantes, notamment cémentantes.

Bloomineral vise les secteurs du BTP et de l’automobile

Avec sa solution, Bloomineral ambitionne de capter plusieurs milliers de tonnes par an de CO2 par site, et de produire autant de matériaux cémentants. Pour les industries de la construction, les cristaux pourraient remplacer une partie des charges calcaires nécessaires à la fabrication, très polluante, du ciment, et améliorer la résistance du matériau. La biominéralisation permettrait ainsi de réduire l’intensité carbone des produits, tout en contribuant au stockage permanent du dioxyde de carbone.

Le procédé de la start-up offre en même temps une seconde vie aux centaines de millions de tonnes de déchets générés chaque année par l’industrie du BTP. Par ailleurs, les cristaux pourraient intéresser l’automobile, comme une alternative à certaines pièces de voitures contenant jusqu’à 50% de charges minérales. C’est le cas des batteries.

Auteur de l’article : EcoloBizz

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.