Présidentielle : une victoire de Flávio Bolsonaro ferait-elle courir un risque environnemental au Brésil ?

Comme attendu, le Brésil se dirige vers un second tour présidentiel entre Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Une victoire de ce dernier pourrait cependant avoir de graves conséquences sur le plan environnemental. Le Brésil risque de s’engager dans une nouvelle période de dérégulation et d’exploitation intensive de ses ressources naturelles, avec l’Amazonie en première ligne, comme sous la présidence du père.

Il n’y a eu aucune surprise. Organisé le dimanche 4 octobre, le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne a confirmé les derniers sondages, mais avec un léger basculement. Le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro est arrivé en tête avec 47 % des suffrages exprimés, soit environ 56 millions de voix, contre 45 % pour Lula da Silva. On s’achemine donc vers un duel des extrêmes, le 25 octobre prochain.

Flávio Bolsonaro, un capitaliste pur et dur

Dans ce scrutin, le Brésil joue son avenir, tant les enjeux sont polarisés, notamment concernant les questions environnementales. Si Lula Da Silva est un ardent défenseur de l’écologie et des peuples indigènes, Flávio Bolsonaro, lui, est un capitaliste pur et dur, pour qui seuls les profits économiques comptent. En cas de victoire de ce dernier au second tour, le Brésil pourrait s’engager dans une véritable impasse environnementale, alors même que l’Amazonie se trouve déjà dans une situation critique. En effet, le candidat conservateur est une proche de Donald Trump, et donc, comme ce dernier, il est climatosceptique, voire climatodénialiste. De ce fait, il développe une conception essentiellement économique des ressources naturelles.

Réduction du rôle de l’État, baisses des impôts et recours massif à l’investissement privé

Dans la droite ligne de son parrain à la Maison Blanche, Flávio Bolsonaro défend un allègement des réglementations environnementales, s’oppose à la création ou à l’extension de territoires protégés en faveur des peuples autochtones et privilégie une conception productiviste de la nature. Son programme économique, fondé sur la réduction du rôle de l’État, les baisses d’impôts et un recours accru à l’investissement privé, pourrait favoriser les secteurs de l’agriculture intensive, de l’élevage industriel et de l’exploitation minière sans limites. Sa politique environnementale doit inquiéter les écologistes et les écocitoyens d’autant qu’elle s’inscrit dans une dimension géopolitique.

Si Flávio Bolsonaro ne passe pas, Trump pourrait frapper le Brésil de nouvelles taxes douanières

Les Etats-Unis souhaitent mettre la main sur la seule puissance d’Amérique latine qui leur résiste encore, pour imposer leur hégémonie sur la région. On sait que le Brésil possède notamment des terres rares et d’importantes richesses minières qui intéressent de plus en plus l’administration Trump. Washington avait déjà cherché à obtenir un meilleur accès à ces ressources dans le cadre de négociations destinées à éviter de nouvelles tensions commerciales. Lula avait refusé de céder sur cette question, privilégiant une politique étrangère indépendante et une certaine distance à l’égard des États-Unis. Pour le punir, le président américain a imposé des droits de douanes supplémentaires à son pays.

Ressources naturelles contre soutien et financements américains ?

En cas de victoire, on s’attend à ce que Flávio Bolsonaro ouvre grandement les vannes des ressources naturelles brésiliennes aux États-Unis pour leur permettre de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine. Cette décision pourrait déclencher une ruée vers « l’or » des entreprises américaines, voire vers un pillage en règle du pays, contre des subventions et des financements. Le parallèle avec le Venezuela de l’après-Maduro permet d’imaginer ce que pourrait produire une telle ouverture. Après une période de rupture politique et économique, Caracas a cherché à attirer davantage de capitaux étrangers vers ses hydrocarbures pour avoir la paix avec Washington. Au Brésil, une politique similaire appliquée aux minerais et aux autres ressources stratégiques amorcerait une véritable prédation.

Flávio Bolsonaro pourrait faire pire que son père en matière environnementale pour satisfaire Trump

Pour mesurer le risque d’une victoire de Flávio Bolsonaro, il faut se pencher sur le bilan environnemental de son père. Jair Bolsonaro, au pouvoir de 2019 à 2022, avait fait de l’exploitation des ressources naturelles et de l’expansion de l’agrobusiness des éléments centraux de sa stratégie économique. Climatosceptique assumé, il avait notamment affaibli les institutions chargées de surveiller l’environnement et de faire appliquer les lois protégeant la forêt. Les conséquences furent dramatiques.

Entre 2019 et août 2022, plus de 41 000 km² de forêt amazonienne ont été déboisés. La déforestation annuelle moyenne a augmenté d’environ 75 % par rapport à la décennie précédente. En 2021, plus de 13 000 km² ont disparu, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2008. Entre 2019 et 2020, la déforestation avait par ailleurs augmenté de 50 %. La politique de Jair Bolsonaro reposait sur une vision profondément mercantile de l’environnement. Il misait sur l’agriculture intensive, l’élevage et l’exploitation minière à grande échelle, tandis que les contraintes environnementales étaient perçues comme des obstacles.

Lula n’a pas dit son dernier mot

Flávio Bolsonaro pourrait être tenté de répéter ce qu’a fait son père pour contenter Donald Trump. Comme il dispose déjà d’un Parlement plus favorable, il pourrait détenir les pleins pouvoirs et aller encore plus loin dans la dérégulation et l’exploitation des ressources brésiliennes. L’Amazonie se retrouverait alors soumise à une pression économique plus importante encore. Cependant, tout ceci n’est que supposons et analyse personnelle. Il faudra le voir à l’œuvre pour le juger. Mais rien n’est joué pour lui. Lula est un « vieux crocodile » de la politique. Il pourrait renverser la table au second tour, en convainquant les plus de 50 millions d’électeurs qui n’ont pas voté au premier tour sur les questions de sécurité, d’emplois et de pouvoir d’achat.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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