Sur le plateau de CNews avec Pascal Praud.

Médias : la chaîne CNews bientôt mise en demeure pour son traitement de l’environnement ?

Après ses idées politiques, le rapport de CNews à la planète épinglé. Dans une étude publiée le lundi 5 octobre, la Fondation Jean-Jaurès et l’association QuotaClimat estiment que la chaîne accorde une place insuffisante aux questions environnementales et les aborde fréquemment sous l’angle de la controverse, au détriment du pluralisme et de la rigueur de l’information. Elles demandent à l’Arcom de la mettre en demeure pour son traitement jugé partial de ces enjeux.

Il était temps. La Fondation Jean-Jaurès et l’association QuotaClimat demandent à l’Arcom de mettre CNews en demeure pour sa couverture des questions environnementales jugée partiale. Selon leur étude publiée le lundi 5 octobre, la chaîne détenue par le milliardaire français Vincent Bolloré n’a consacré que 2 % de son temps d’antenne à ces enjeux en juillet 2025, au moment de l’examen de la loi Duplomb par le parlement. Elle se classe dernière des quatre médias dont les programmes ont été passés en revue, parmi lesquelles BFMTV, LCI et franceinfo (3,4 %).

CNews adore la polémique et le conflit

Pour parvenir à leurs conclusions, la Fondation Jean-Jaurès et l’association QuotaClimat ont examiné 75 heures de programmes diffusés en juillet 2025 sur les quatre chaînes d’information en continu. Elles constatent également que le faible volume consacré à l’environnement n’est pas le seul problème. Sur CNews, 69 % des séquences longues accordées à ce sujet abordent au moins un thème controversé, contre 34 % sur LCI et franceinfo et 18 % sur BFMTV. En d’autres termes, la chaîne du groupe Canal+ adore la polémique.

Pis, les chercheurs de la Fondation Jean-Jaurès et de QuotaClimat ont relevé que l’environnement est régulièrement présenté sous l’angle du conflit. Le débat sur la loi Duplomb en serait un exemple. Au cours des discussions, aucun point de vue défavorable au texte n’a été exprimé sur CNews durant le mois étudié, alors que cette loi faisait l’objet d’une importante contestation publique. Une manière de faire sortir de leur bois les écologistes et les citoyens soucieux de la planète.

Les affirmations considérées comme fausses ou trompeuses provenaient en grand majorité de journalistes ou de chroniqueurs

La Fondation Jean-Jaurès et l’association QuotaClimat notent que les énergies renouvelables, les zones à faibles émissions (ZFE), les véhicules thermiques ou encore la place du nucléaire figurent également parmi les thèmes donnant lieu à des traitements déséquilibrés. Leur étude recense par ailleurs 98 cas de mésinformation climatique sur les quatre chaînes, dont 63 sur CNews uniquement, soit 64 % du total.

Dans 67 % des cas relevés sur la chaîne, les affirmations considérées comme fausses ou trompeuses provenaient largement de journalistes ou de chroniqueurs, plutôt que des invités. Les auteurs considèrent que la combinaison de la faible couverture, du traitement fréquemment polémique et de la mésinformation contribue à transformer l’environnement en « sujet partisan ». Face à cette situation, ils demandent à l’Arcom d’intervenir, alors que l’élection présidentielle de 2027 approche.

CNews conteste les conclusions de l’étude

Sans surprise, CNews conteste les conclusions de l’étude. Dans un communiqué, le média dénonce un « périmètre limité » et des « choix méthodologiques discutables ». Aussi, il se dit « attachée à la liberté éditoriale et au pluralisme », tout en estimant que le respect de ces principes ne peut pas se réduire à une « répartition mécanique des temps d’antenne ou des prises de position ». Enfin, la chaîne assure que les questions environnementales occupent une place régulière dans ses programmes, en citant notamment son émission « À l’écoute de la planète », lancée en janvier 2026. Si c’est bien défendu, il va falloir convaincre l’Arcom qui pourrait en avoir marre d’avoir toujours affaire au même média…

CNews régulièrement critiqué pour son traitement des sujets sensibles

En effet, cette nouvelle controverse intervient dans un contexte où CNews est régulièrement critiquée pour son traitement de sujets sensibles. En juin 2026, l’Arcom lui avait déjà demandé de mieux respecter le pluralisme des courants de pensée et d’opinion après avoir relevé des déséquilibres dans le traitement de plusieurs thèmes, notamment la sécurité, l’immigration, l’islam et la guerre en Ukraine. Deux ans plus tôt, en 2024, la chaîne avait déjà été sanctionnée d’une amende de 20 000 euros pour des propos climatosceptiques diffusés sans contradiction à l’antenne.

Vincent Bolloré exerce une influence importante dans les médias, l’édition et le cinéma français

Au-delà de la question environnementale, les critiques visant CNews portent ainsi plus largement sur son orientation éditoriale. La chaîne est régulièrement décrite comme conservatrice et située à droite, voire à l’extrême droite par ses détracteurs. Notons que son propriétaire contrôle également Canal+ et exerce une influence importante dans les médias, l’édition et le cinéma français. Cette concentration alimente les inquiétudes de ceux qui redoutent qu’un même groupe puisse peser sur plusieurs secteurs participant au débat politique et culturel en France.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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