Depuis la mi-septembre, les élèves de France se mobilisent pour dénoncer la dégradation de leurs conditions d’études. Ce blocage des lycées, qui s’est intensifié ces derniers jours, va se poursuivre la semaine prochaine. Il rassemble les lycéens autour de plusieurs revendications, notamment la réduction des effectifs par classe, le remplacement des enseignants absents et la rénovation des bâtiments scolaires.
Depuis mi-septembre, un important mouvement lycéen ébranle l’Éducation nationale en France. Plusieurs établissements ont été fermés et les cours ont partiellement cessé. Ce blocage des lycées a pris de l’ampleur avec les actes III et IV, soutenus par les syndicats, les étudiants et des parents d’élèves. Les réseaux sociaux ont également contribué à amplifier la contestation, en relayant la violence policière et les témoignages sur les difficultés rencontrées dans les écoles. Face à l’ampleur de la grève, le gouvernement est contraint de répondre urgemment aux attentes des jeunes.
Plusieurs revendications à l’origine du blocage des lycées
Mais quelles sont les revendications des élèves ? Les lycéens ont plusieurs exigences. Ils dénoncent d’abord le manque de moyens humains dans l’Éducation nationale. Ils signalent des classes surchargées, comptant souvent entre 30 et 35 élèves, ainsi que les absences prolongées d’enseignants non remplacés. Ils déplorent également les inégalités entre les établissements, notamment entre certaines villes de banlieue et les grandes métropoles.
Le rythme scolaire est lui aussi critiqué, avec des journées pouvant s’étendre de 8 heures à 18 heures, des horaires jugés trop matinaux et des heures creuses qui allongent le temps de présence au lycée. La réforme des filières générales de 2019 est notamment accusée de désorganiser les emplois du temps. En outre, les élèves critiquent le fonctionnement de Parcoursup, source d’angoisse selon en raison du poids du contrôle continu et de la sélectivité des formations supérieures.
Vétusté des bâtiments et fortes chaleurs dans les salles de classe
Une autre revendication clé est la rénovation des bâtiments. Les élèves dénoncent la vétusté des locaux, le manque de mobilier, les infiltrations d’eau, les fenêtres cassées et les problèmes d’hygiène. Ils révèlent que certains établissements sont confrontés à des situations particulièrement préoccupantes, avec des rats, des cafards ou des moisissures dans les locaux. Ces témoignages, largement relayés sur les réseaux sociaux, illustrent les difficultés matérielles qui affectent les conditions d’apprentissage.
Plusieurs rapports parlementaires ont déjà souligné ces problèmes, dont la vétusté. C’est le cas d’un rapport du Sénat publié en 2023, qui indique que plus de 58 % des bâtiments du second degré ont été construits avant 1980, et que moins de 7 % datent de 2010 ou d’après. Outre la dégradation des bâtiments, l’adaptation aux fortes chaleurs et au froid représente un défi majeur : entre 20 % et 30 % des bâtiments scolaires seraient dans un mauvais état et inadaptés aux événements climatiques extrêmes, d’après un rapport de l’Alliance écologique et sociale publié en septembre 2025.
Le blocage des lycées reprend le mardi 13 octobre
Cette situation est d’autant incompréhensible que l’État a lancé en 2023 le plan EduRénov, qui visait la rénovation énergétique de 10 000 établissements d’ici à 2027. Le rythme des travaux est jugé insuffisant à ce jour. Face à cette situation, les élèves réclament des investissements concrets pour accélérer ce projet et disposer de locaux sains, confortables et adaptés aux conditions climatiques. Pour obtenir gain de cause, ils maintiennent la pression sur le gouvernement.
Ainsi, une nouvelle journée de manifestations est prévue le mardi 13 octobre 2026. Présentée comme l’acte V du mouvement, elle doit réunir les lycéens et les étudiants, avec le soutien de plusieurs organisations syndicales. Elle aura lieu le même jour qu’une grève nationale de la fonction publique, dont les agents sont appelés à défendre les services publics et les salaires. Confrontée à la forte mobilisation de ces derniers jours, le gouvernement a déjà pris de premières mesures d’urgence.
Des enseignants remplaçants et des recrutements supplémentaires annoncés
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé le déploiement de 3 000 enseignants remplaçants dans plus de 500 lycées en difficulté, ainsi que des recrutements supplémentaires et des moyens pour assurer les remplacements de courte durée. De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré que le gouvernement déposera des amendements au projet de budget 2027 afin de traduire certaines revendications en mesures concrètes. Il promet une réponse plus complète d’ici à la fin du mois d’octobre, alors que les lycéens attendent des changements effectifs dans leurs établissements dans les prochains jours.
Pendant que l’exécutif accuse LFI et d’autres groupes d’opposition de souffler sur les braises de la contestation, la majorité des Français apportent leur soutien aux élèves. Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 7 octobre, 55 % des personnes interrogées approuvent le mouvement et 72 % jugent les revendications des lycéens légitimes. Ce soutien est particulièrement marqué chez les parents d’élèves, dont 71 % approuvent la mobilisation, ainsi que chez les électeurs du Nouveau Front populaire (coalition politique de gauche). À l’inverse, 35 % des Français désapprouvent le blocage des lycées et 10 % y sont indifférents.
La majorité des Français souhaitent que le blocage des lycées s’arrête
Toutefois, les opinions sont plus partagées concernant la poursuite du blocage des lycées. Une majorité de Français (55 %) estime que le mouvement doit s’arrêter. Au contraire, 27 % souhaitent qu’il continue dans les mêmes conditions et 17 % souhaitent même un durcissement, avec davantage de blocages. Les jeunes de 18 à 24 ans se montrent plus favorables à la poursuite du mouvement que les seniors, dont 71 % souhaitent son arrêt. Ainsi, malgré une reconnaissance importante de la légitimité des revendications, la majorité des Français souhaite désormais la fin de la mobilisation lycéenne, dans un contexte économique fragile.
