Si le Festival de Cannes récompense le meilleur film de l’année sur la Croisette, le prix Ecoprod distingue, lui, la production la plus écologique. Cette année, il est attribué à « Soudain » du Japonais Ryūsuke Hamaguchi, qui a déployé des efforts tout au long du tournage pour réduire l’impact environnemental de sa création. Comme la centralisation des lieux de décor et les achats de seconde main pour l’ameublement.
La 79e édition du Festival de Cannes se déroule actuellement du 12 au 23 mai 2026 sur la Croisette. Alors que le jury présidé par le célèbre cinéaste sud-coréen Park Chan-wook doit remettre la Palme d’or ce samedi au meilleur film en compétition, une autre récompense a déjà été attribuée, à quelques pas de là. Il s’agit du prix Ecoprod, une sorte de Festival de Cannes écologique, sur le modèle du Green Friday, alternative au Black Friday. Ainsi, ce prix récompense le film ayant fourni le plus d’efforts pour réduire son impact environnemental.
Une heure de contenu cinématographique émet autant de CO2e qu’une voiture qui parcourt la Terre, selon Eco-prod
Comme toute activité humaine, le cinéma génère aussi de la pollution. Selon Ecoprod, l’association créatrice du prix du même nom, une heure de contenu cinématographique émettrait en moyenne 1, 6 tonnes de CO2e. C’est l’équivalent carbone d’une voiture à essence parcourant 70 000 kilomètres (1,8 fois le tour de la Terre) ou l’empreinte carbone annuelle de 1,7 Français. Ce n’est pas négligeable. Pourtant, le monde du cinéma n’a toujours pas fait sa révolution verte, et cela malgré les aides techniques et financières conditionnées.
La prime RSE pour encourager les cinéastes à adopter des démarches vertes
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, par exemple, les producteurs de longs-métrages doivent déposer un bilan carbone prévisionnel et un bilan carbone définitif des émissions carbone engendrées par leurs tournages lorsqu’ils sollicitent une subvention auprès du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Des primes ont aussi été créées pour les inciter à adopter des démarches vertes, comme la prime RSE+, qui offre 28 000 euros aux productions respectant certains engagements de sobriété. Si la plupart des cinéastes en ont cure de l’impact environnemental de leurs créations, quelques-uns ont bel et bien compris l’enjeu. C’est pour encourager ces derniers que Ecoprod a créé un prix du film « vert » en 2021.
Le prix Ecoprod remis à « Soudain » du Japonais Ryūsuke Hamaguchi
Le vendredi 15 mai, alors que les projections battaient leur plein sur la Croisette, Ecoprod a remis son prix du film éco-responsable à « Soudain » du Japonais Ryūsuke Hamaguchi, sur le Blue Panda, le voilier de WWF France. Ce film suit Marie-Lou, directrice d’un établissement pour personnes âgées, qui tente d’y instaurer une approche fondée sur l’écoute et la dignité humaine, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer va bouleverser sa trajectoire. Ecoprod a récompensé « Soudain », non pas pour son esthétique (et le film en a), mais pour les efforts de son réalisateur en matière de sobriété.
Centralisation des lieux de décor et achats de la seconde main pour l’ameublement
Le jury d’Ecoprod note d’abord le recrutement d’un coordinateur dʼécoproduction dès l’entame du tournage. Ce choix a permis de réduire les déplacements entre le Japon et la France, les équipes travaillant sur place dans les deux pays et communiquant au mieux à distance. Le coordinateur a également centralisé les lieux de décor dans un périmètre limité, offrant à l’équipe la possibilité d’emprunter des mobilités douces comme le vélo.
Grâce à ces actions, la production a pu réduire de plus d’un tiers (35%) ses émissions carbone. En outre, Ryūsuke Hamaguchi a privilégié les achats de seconde main pour l’ameublement (61 %) et laissé sur place certains éléments construits pour le film. Comme la pergola, qui a été remise aux résidents de l’Ehpad où le film a été tourné.
Le prix Ecoprod célèbre les choix concrets en coulisses
Par ailleurs, le réalisateur a imposé aux chefs de poste et aux interprètes une formation de trois jours à l’« humanitude », une méthode de soin basée sur la bientraitance. Si l’aspect écologique transparaît clairement, Aure Atika, présidente du jury, relève la dimension humaine de ce projet. « Ce qui m’a frappée dans le film, c’est qu’on sent aussi une autre qualité humaine sur le plateau », a-t-elle dit. Muriel Signouret, directrice RSE du Groupe SNCF, note pour sa part que « ce tournage montre que produire autrement est possible, même sur des projets d’envergure internationale ».
Quant à Jean-Philippe Lefevre, directeur de l’engagement du WWF France, il constate que « ce prix ne célèbre pas ce qu’on voit à l’écran, mais ce qui se passe en coulisses : les choix concrets, les renoncements parfois, les innovations souvent ». De son côté, Gwladys Bouillon-Pacheco, co-présidente de l’ACCEPTE, souligne que « l’écologie n’est plus un sujet périphérique ou de passage », mais qu’« elle s’inscrit durablement au cœur des réflexions et des pratiques de création et de production. ».
