Paris 14e : la rénovation de l’immeuble Mouchotte divise bailleurs et habitants

À Paris, la rénovation de l’immeuble Mouchotte, barre vitrée construite dans les années 1960 et classée comme passoire énergétique, est au cœur d’une bataille entre bailleurs et habitants depuis plusieurs mois. Les résidents craignent que le projet ne provoque une catastrophe architecturale, financière, écologique et culturelle. Pour le protéger, ils demandent l’inscription aux monuments historiques de cet emblème de l’architecture parisienne des Trente Glorieuses.

À Montparnasse, dans le 14e arrondissement de Paris, l’emblématique immeuble Mouchotte de la rue du Commandant René Mouchotte doit faire l’objet d’une rénovation énergétique, dont le point central est le remplacement de la façade d’origine par une copie supposément à l’identique. Cette barre vitrée en forme de L (ou aile en retour d’équerre) est classée en F au DPE. Il s’agit donc d’une passoire énergétique. Mais ce classement est contesté par les résidents et l’association Sauvons Mouchotte. Celle-ci craint « une véritable catastrophe architecturale, financière, écologique et culturelle ! » avec une rénovation lourde comme envisagée par les bailleurs.

Le plus grand immeuble de logements de Paris

Composante du projet Maine-Montparnasse engagé entre 1959 et 1973, visant à transformer le secteur, la Mouchotte a été construite par l’architecte Jean Dubuisson, une figure centrale de la scène architecturale des Trente Glorieuses fortement influencée par les œuvres du Bauhaus (Walter Gropius, Mies van der Rohe) et de Le Corbusier.

C’est le plus grand immeuble de logements de Paris, avec sa surface totale de 23 000 m², ses 17 étages longs de 200 m et ses 753 logements où vivent 2 500 personnes. Très sollicité par l’industrie cinématographique, ce bâtiment a servi de décor ou d’élément central de l’intrigue à plusieurs films, dont Le Voyou de Claude Lelouch (1970), Des enfants gâtés de Bertrand Tavernier (1977) et Les nuits fauves de Cyril Collard (1992).

La gestion de l’immeuble Mouchotte partagée entre copropriétaires individuels et bailleurs

En raison de sa taille et de la mise en service des logements en deux phases, la gestion de l’immeuble a été partagée entre copropriétaires individuels et bailleurs. Les premiers gèrent la partie nord, qui comprend 436 logements. Tandis que les seconds possèdent la majorité des biens dans la partie sud (172 sur 317). Ils sont représentés par la société anonyme IN’LI, filiale du Groupe Action Logement Immobilier.

Cette agence détient ainsi 53% des logements dans la zone sud, appelée façade du 26. Cette majorité lui permet d’imposer ses vues lors des assemblées générales. Or ce sont les 10 000 m² de la partie correspondant au 26 qui doivent être rénovés, car considérée comme une passoire énergétique avec un diagnostic de performance énergétique F. Sans travaux, ces appartements seront interdits à la location à partir de 2028.

IN’LI est favorable à une restauration lourde de la façade

Lors de la dernière assemblée générale en 2025, deux projets ont été présentés aux copropriétaires. D’une part une rénovation « légère », qui consiste en quelques réparations ici et là. D’autre part, une restauration « lourde », qui impliquerait le remplacement total de la façade à l’identique par des matériaux neufs. IN’LI est favorable à la deuxième option.

Son directeur de la proximité El Houssine Tabou pense que les travaux permettront de régler l’inconfort important constaté toute l’année et qui entraîne « des consommations d’énergie et des charges élevées ». De son côté, l’association Sauvons Mouchotte estime que « l’idée de détruire la façade en aluminium d’origine pour la refaire à l’identique, toujours en aluminium, est un immense gâchis architectural, financier, écologique et culturel ». Elle pointe en particulier le coût global du projet, présenté à 11 millions d’euros, mais qui pourrait atteindre 25 voire 30 millions d’euros.

Une pétition pour la protection et la conservation de l’immeuble Mouchotte

L’organisation redoute aussi et surtout une catastrophe humaine, car de nombreux copropriétaires seront obligés de vendre parce que dans l’impossibilité de payer des sommes folles. Dès lors, Sauvons Mouchotte appelle à « agir activement en faveur de la protection et de la conservation de l’immeuble Mouchotte ». En octobre 2025, elle a lancé une pétition en ligne pour demander au ministère de la Culture l’inscription « en urgence » du bâtiment au titre des monuments historiques. En février, le texte avait recueilli plus de 12.000 signatures. L’association attend de pied ferme l’assemblée générale des copropriétaires du 8-20, ce mercredi 8 avril, pour voir ce qui se passera.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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