En Norvège arctique, des militants écologistes ont mis fin au blocage de la mine de cuivre de Nussir samedi dernier, après plus de sept mois de zad. Ils dénonçaient l’accaparement polluant de terres autochtones samies par un consortium norvégien, canadien et américain. Mais les activistes n’ont pas vraiment obtenu gain de cause. Ils sont contraints de se retirer faute de moyens pour entretenir leur campement.
Le samedi 24 janvier, le camp climat du Repparfjord, à deux heures du cap Nord en Norvège, a été démonté par ses occupants, 225 jours après son installation. Établi par un mouvement de jeunesse écologiste norvégien et des Sámis, un peuple autochtone, il a servi de base pour protester contre la mine de cuivre Nussir, exploitée par un consortium norvégien, canadien et américain. Épuisés mais heureux d’avoir tenu aussi longtemps, les militants ont retiré leurs lavvos – tentes circulaires traditionnelles en cuir de renne – de leur propre chef. Mais ils ne pouvaient plus continuer, faute de moyens et parce que le lieu reculé en rendait l’entretien difficile.
Un fjord menacé près de la mine de cuivre de Nussir
Le camp a ouvert en juin 2025, quand le forage de la mine Nussir a débuté, sans l’accord des éleveurs de rennes sámis et sans évaluation environnementale valable. Or, en Norvège arctique, les terres appartiennent aux habitants, en particulier aux peuples autochtones, et chaque entreprise doit trouver un accord avec eux avant de lancer des projets miniers ou pétro-gaziers. Les habitants et éleveurs du Repparfjord ont dit ne jamais avoir été consultés. Face à la violation de leurs droits, ils ont plusieurs fois saisi les tribunaux, en vain.
Le groupe minier Nussir ASA – qui a pris le nom de la montagne qu’elle fore, Nussir – et ses nouveaux investisseurs canado-étasuniens étaient déterminés à mener son projet à terme. Mais les activistes et les Samis n’entendaient pas les laisser faire. Et pour cause : la mine menace le Repparfjord, l’un des dix fjords les plus importants de Norvège pour la reproduction des saumons sauvages, et l’un des lieux préférés des pêcheurs amateurs venus du monde entier ainsi que des éleveurs de rennes (pour la transhumance des troupeaux).
Toute forme de vie autour de la mine de cuivre de Nussir pourrait disparaitre à cause d’une décharge sauvage
Comme si ces agressions de la nature ne suffisaient pas, Nussir ASA a prévu de décharger 30 millions de tonnes de déchets et de minerais liés à l’extraction du cuivre sur les vingt prochaines années. C’est dix fois plus que le volume de déchets déversés pendant les premières exploitations, dans les années 1970. Cette décharge pourrait éradiquer toute forme de vie sur plusieurs kilomètres carrés au fond du fjord car le cours d’eau va charrier des métaux lourds et des particules.
Elle pourrait également contaminer les terres des Samis et menacer leur santé. Ce peuple autochtone de 80 000 personnes réparties entre trois pays scandinaves et la Russie, souffrent déjà de plusieurs fléaux. Parmi lesquels les expropriations, les projets miniers, les éoliennes, l’expansion de zones militaires, le racisme ordinaire, l’assimilation planifiée et l’exclusion économico-politique.
Fermeture du camp après des prises de parole
Pendant près de huit mois, écologistes et autochtones ont formé de petits groupes qui se relayaient pour bloquer la mine et éviter des conséquences sur l’environnement. Ces activistes vivaient dans des tentes chauffées par de petits poêles à bois et dormaient sur des peaux de rennes. De cette base opérationnelle, ils ont lancé plusieurs actions de désobéissance civile sur le site de Nussir. Débordée par l’ampleur du blocage, la police locale avait choisi de ne pas intervenir.
C’est donc dans le calme et la bonne humeur que les militants ont décidé par eux-mêmes de lever le camp, après des prises de parole d’éleveurs de rennes et de pêcheurs sámis. Toutefois, la mobilisation a continué le lendemain de leur départ, avec des concerts et des discours dans l’école de la commune de Kvalsund, où s’était aussi établi la plupart des activistes arrivés par bus depuis le sud de la Norvège, l’Europe et même l’Amérique latine.
