Face aux dangers que représente l’hexane, deux députés français proposent d’imposer l’affichage de ce produit sur les étiquettes des huiles de consommation pour alerter le grand public. Ce solvant est utilisé dans l’extraction des huiles végétales, mais également comme agent de nettoyage. Les parlementaires appellent également le gouvernement à soutenir des « solutions alternatives ».
Mercredi 28 janvier, les députés Richard Ramos (Modem) et Julien Gabarron (RN) ont remis les conclusions de leur mission d’information sur l’hexane. S’appuyant sur les risques que représente cette substance pour la santé humaine, ils proposent d’imposer son affichage sur les étiquettes des huiles de consommation pour alerter le grand public. Ils recommandent aussi de promouvoir des « solutions alternatives », en attendant les prochains résultats scientifiques. Les parlementaires annoncent en outre préparer une « proposition de loi » pour obtenir son interdiction.
Qu’est-ce que l’hexane ?
Solvant issu de la distillation du pétrole, l’hexane est utilisé par l’industrie des oléagineux lors de la production des huiles alimentaires ou huiles végétales (colza, tournesol, soja). Bon marché, cet hydrocarbure permet d’optimiser l’extraction pour atteindre 97 % de l’huile contenue dans les graines, nettement plus que par la seule pression mécanique. Une fois l’extraction terminée, il est éliminé à plus de 99,9 % de l’huile brute et des tourteaux (restes de la graine pressée riches en protéines et utilisés pour nourrir le bétail). En dépit de son utilité, son usage est controversé en raison des résidus trouvés dans l’alimentation et de sa toxicité.
Un solvant inconnu du grand public jusque récemment
Malgré son importante utilisation dans l’agroalimentaire, l’hexane était largement inconnu du grand public. Il a fallu les publications de l’ONG Greenpeace en 2025 pour ouvrir le débat. La parution du livre du journaliste Guillaume Coudray (De l’essence dans nos assiettes) a également contribué à attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce solvant utilisé de manière très discrète.
Saisie par la Commission européenne sur les potentiels dangers de l’hexane, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a lancé une réévaluation de la sécurité de ce produit, dont les limites maximales de résidus (LMR) autorisées fixées en 1996 n’ont jamais été révisées. Les conclusions de l’agence sont attendues en 2027. Elles s’ajouteront aux connaissances déjà disponibles sur les risques en cas d’inhalation et d’ingestion chronique de petites doses par le biais de l’alimentation.
« L’hexane est un produit dangereux. »
En attendant les résultats des toxicologues européens, les députés Richard Ramos et Julien Gabarron souhaitent l’interdiction de l’hexane dans l’immédiat. « Notre constat principal, c’est que l’hexane est un produit dangereux. […] Il est classé neurotoxique pour l’humain par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), toxique par inhalation et suspecté de contribuer au développement de maladies comme Parkinson », a énuméré le député Richard Ramos.
Faute de le bannir maintenant, l’élu propose d’informer au moins le consommateur de sa présence dans un produit alimentaire. Avec son collègue, il prépare aussi activement sa « proposition de loi ». Celle-ci devrait, dit-il, « contribuer à changer une réglementation européenne lacunaire et obsolète », qui ne « définit pas précisément ce qu’est l’hexane », qui ne fixe « pas de teneur maximale réglementaire » concernant les tourteaux et « aucune limite maximale de résidus » pour les « produits d’origine animale » comme le lait ou la viande.
Il existe des alternatives, mais pas aussi bon marché
Dans leur rapport, les députés Richard Ramos et Julien Gabarron indiquent que « des alternatives existent » mais que « les leaders de la filière s’obstinent à les ignorer », à l’image du géant des huiles Avril. S’il existe effectivement des alternatives, le problème est qu’aucune d’entre elles n’offre le même rendement que l’hexane et n’est aussi bon marché que lui.
Parmi ces probables solutions figure le 2-méthyloxolane, qui permettrait de concilier rendement et innocuité. Toutefois, le consommateur devrait consentir à payer ses huiles au moins 5% plus cher. Ayant anticipé cette situation, les parlementaires prévoient une taxe sur la production, la vente et l’importation de substances contenant du n-hexane afin d’abonder un fonds permettant de soutenir la bascule de l’industrie.
La compétitivité à l’export des industriels français pour être impactée par une interdiction de l’hexane
Malheureusement pour nos élus, cette solution ne prend pas en compte la problématique de la compétitivité à l’export pour les industriels français, alors que ce solvant est utilisé partout dans le monde sans encadrement. Il faut dire que tout le monde n’a pas le même souci pour la santé des consommateurs et des populations…
Passablement énervée par le projet des députés, la Fédération nationale des industries de corps gras estime que leur rapport, « inutilement anxiogène », confirme avant tout qu’« il n’y a aucune alerte sanitaire » liée à l’hexane. Aussi, elle prévient contre toute « surtransposition réglementaire » en France, comme c’est déjà le cas pour de nombreux produits chimiques.
