Casques audio

Casques audio et écouteurs : alerte aux substances toxiques

D’après une enquête du projet européen ToxFree LIFE for All, les casques audio et écouteurs ne sont pas aussi innocents qu’on le pense. Plus de 80 modèles seraient contaminés par des perturbateurs endocriniens, dont 98 % par du bisphénol A (BPA) et des phtalates, susceptibles de dérégler le système hormonal. Certaines concentrations atteignaient 315 mg/kg, très largement au-dessus du seuil indicatif de 10 mg/kg mentionné par l’ECHA.

On les porte au travail, dans les transports, dans la cour du lycée, en faisant du sport, dans la rue, à la maison… et parfois plusieurs heures par jour. Ce sont les casques audio et écouteurs. Ces équipements s’utilisent au quotidien pour écouter de la musique ou une bande sonore sans perturber les autres. On ne les a jamais soupçonnés de nuire à notre santé, à part leur effet potentiel sur le tympan en cas d’utilisation prolongée à fort volume. Mais une enquête du projet européen ToxFree LIFE for All vient jeter un trouble : la quasi-totalité des modèles testés contiennent des substances chimiques classées comme perturbateurs endocriniens.

Les perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques, les cosmétiques, les pesticides et l’alimentation

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques, naturelles ou artificielles, qui interfèrent avec le système hormonal. Ces substances peuvent provoquer des effets néfastes sur la santé, comme l’infertilité, les cancers et l’obésité. Elles imitent aussi les hormones, entrainant une puberté précoce chez les filles et perturbant la grossesse. Les perturbateurs endocriniens ont été trouvés dans les plastiques, les cosmétiques, les pesticides et l’alimentation.

« Ces produits chimiques ne sont pas de simples additifs ; ils peuvent migrer des écouteurs vers notre corps », explique Karolína Brabcová, experte en chimie chez Arnika, partenaire du projet ToxFree. « Une utilisation quotidienne, notamment pendant l’exercice physique lorsque la chaleur et la transpiration sont présentes, accélère cette migration directement vers la peau. », ajoute-t-elle.

81 casques audio et écouteurs ont subi des analyses physico-chimiques en laboratoire

Le consortium ToxFree LIFE for All, cofinancé par le programme européen LIFE et piloté par cinq organisations de consommateurs d’Europe centrale, a soumis 81 casques audio et écouteurs à des analyses physico-chimiques en laboratoire. Ces équipements ont été achetés en commerce ordinaire en Europe centrale (Autriche, République tchèque, Hongrie, Slovénie et Slovaquie), ainsi que sur les plateformes chinoises Shein et Temu.

Après les analyses physico-chimiques, les chercheurs ont découvert que 98 % des échantillons contiennent du bisphénol A (BPA), et plus de trois quarts renferment du bisphénol S (BPS). Certaines concentrations atteignent 315 mg/kg, bien au-delà du seuil indicatif de 10 mg/kg mentionné par l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).

Des produits pour enfants inclus parmi les équipements testés

Même si les taux desdites substances sont inférieurs aux seuils légaux dans la majorité des cas, l’enquête met en garde contre un effet cocktail. En effet, chaque substance prise séparément reste sous les seuils établis par les autorités, mais son addition avec d’autres produits peut provoquer une synergie toxicologique bien plus dangereuse.

Outre le BPA et le BPS, les analyses en laboratoire ont détecté des phtalates, substances toxiques pour la reproduction, ainsi que des paraffines chlorées associées à des atteintes hépatiques et rénales, ou encore des retardateurs de flamme présentant des propriétés de perturbation hormonale. La plupart de ces éléments chimiques apparaissaient sous forme de traces. L’étude précise que des produits pour enfants ont été inclus parmi les équipements testés, dont des modèles JBL, JLab, Skullcandy et Philips. Près de la moitié était également problématique.

Des casques audio et écouteurs classés en indice rouge ou vert suivant leur potentielle toxicité

Pour illustrer la toxicité des appareils, les chercheurs ont classé les casques audio et écouteurs en indice rouge ou vert. Dans la catégorie rouge, on retrouve des modèles très connus, notamment des marques Bose, Panasonic, Samsung ou encore Sennheiser. Voici la liste non exhaustive : Samsung Galaxy Buds3 Pro, Beats Solo 4, Sennheiser Accentum True Wireless, Sennheiser Momentum 4, Panasonic RB-HX220BDEK, Bose QuietComfort, Xiaomi Fredm Buds 5 Pro, Sony WF-1000XM5, Razer Kraken V3 et Philips SHD8850.

À l’inverse, plusieurs modèles sont classés vert en note globale. Il s’agit notamment de Huawei Free Buds Pro 3 et 4, Philips TAK4206, Sony WH-1000XM5, Apple AirPods Pro 2 (USB-C), AirPods Max 2024 et JBL Tune 720BT. A noter, ce classement ne signifie pas que les produits classés rouge doivent être interdits ou sont immédiatement dangereux. Il signale seulement que ces objets présentent des niveaux jugés préoccupants selon les critères du consortium ToxFree LIFE for All.

Dans l’attente de données plus détaillées, les fabricants doivent faire preuve de transparence

Eu égards aux résultats de l’enquête, les défenseurs de la santé publique réclament davantage de transparence de la part des fabricants et un renforcement des règles européennes sur les substances chimiques dans les biens de consommation. Dans l’attente de données plus détaillées ou de publications scientifiques évaluées par des pairs, ils préconisent une vigilance particulière chez les utilisateurs.

Aucune des marques concernées par l’enquête n’a réagi à la parution de l’étude. Il serait intelligent de leur part de communiquer le plus tôt possible sur ce rapport. C’est dans leur intérêt car cela pourrait aller plus loin ou faire croire qu’elles ne se soucient pas du bien-être de leurs clients. C’est une question de santé, même si rien n’est encore formellement prouvé.

Auteur de l’article : EcoloBizz

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