Selon l’ONU, l’armée israélienne a effectué un épandage d’herbicides sur sa frontière avec le Liban, une zone déjà bombardée régulièrement par Tsahal malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024. Beyrouth a dénoncé cette pulvérisation comme étant une violation flagrante de la souveraineté libanaise et un crime contre l’environnement et la santé. Cette nouvelle offensive criminelle fait craindre un « écocide » au sud du Liban, après le génocide toujours en cours à Gaza.
Israël, un copier-coller des États-Unis ? Cinquante ans après l’utilisation de l’agent orange par les Américains lors de la guerre du Vietnam (1961 – 1971), l’armée israélienne utilise la même tactique contre ses ennemis. Le dimanche 1er février, elle a répandu du glyphosate le long de la frontières avec le Liban. Cette substance est interdite par plusieurs pays pour ses effets cancérigènes. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a confirmé cette agression à l’herbicide, que les Israéliens ont tenté nier. Dans un communiqué, la Finul dit avoir été mise au courant la veille par Tsahal d’une opération visant à pulvériser « une substance chimique non-toxique » près de la frontière. Grâce à cet avertissement, ses casques bleus ont pu se mettre à couvert pendant neuf heures. La population, en revanche, n’a pas été prévenue.
La concentration des herbicides 30 à 50 fois plus importante que les doses habituelles utilisées dans l’agriculture
C’est aux premières heures du dimanche 1er février que les avions israéliens ont répandu des herbicides sur une zone de 18 km de long et 300 m de large, autour des villages frontaliers Aïta al-Chaab et Marwahin. Les appareils ont ciblé des terrains boisés, des oliveraies et des vergers libanais, et ce pendant une journée entière.
Les Nations Unies ont dû prélever des échantillons avec l’aide de l’armée libanaise pour les analyser et confirmer qu’il s’agissait à 100 % de glyphosate. Surtout, le produit avait une teneur de 30 à 50 fois plus importante que les doses habituelles utilisées dans l’agriculture. « Cette attaque peut créer des dommages importants, surtout à des concentrations aussi élevées : nos oliviers, vergers, et chênes peuvent s’assécher et mourir en quarante-huit heures », s’est indigné le ministre libanais de l’Agriculture, Nizar Hani, auprès de l’ONG Reporterre.
« Les attaques contre les terres agricoles et les sources d’eau constituent un grave risque humanitaire »
Dans son communiqué, l’ONU alerte sur les conséquences humanitaires et environnementales d’une telle opération, et demande des enquêtes plus approfondies. Selon Stéphane Dujarric, le porte-parole français du Secrétaire général Antonio Guterres, « les attaques contre les terres agricoles et les sources d’eau constituent un grave risque humanitaire ». Le fonctionnaire onusien a mis en garde contre les effets de ces attaques sur les terres agricoles et le retour des civils. Pour sa part, le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette pulvérisation de « violation flagrante de la souveraineté libanaise » et de « crime contre l’environnement et la santé ».
L’armée israélienne a également pulvérisé au glyphosate les zones agricoles dans le sud de la Syrie
Nizar Hani a également expliqué qu’« Israël utilise désormais le glyphosate, à l’instar du phosphore blanc et des démolitions de maisons, pour détruire le couvert qu’offrent les arbres aux combattants du Hezbollah ». Peu importe que cette méthode de guerre soit justifiée ou pas, le ministre de l’Agriculture estime qu’elle constitue un « écocide » et un crime humanitaire. Malheureusement, cette barbarie ne se limite pas au Liban.
En effet, l’armée israélienne a également pulvérisé au glyphosate les zones agricoles de Qouneitra, dans le sud de la Syrie, ce même dimanche 1er février. Rappelons qu’elle occupe illégalement non seulement le Golan, mais aussi des zones frontalières depuis la chute du régime Assad en décembre 2024. Tsahal y augmente sans cesse son rayon d’action, harcelant les agriculteurs par des vols de bétail, des tirs, des démolitions de fermes et la destruction de champs.
Se saisir de cette agression israélienne pour raviver les débats publics actuels en Europe sur la réglementation et les risques liés aux herbicides
L’ONU révèle que l’agression aux pesticides n’a pas commencé le dimanche 1er février 2026. En 2019 déjà, Israël avait utilisé des herbicides à Gaza, désherbant les zones tampons autour de l’enclave, pour préparer le terrain à la situation actuelle. Lucia Rebolino, de Forensic Architecture, explique à Reporterre que toutes ces actions constituent « une première étape dans un long processus de destruction environnementale, à une échelle systématique. ». Pour la chercheuse, « l’intention écocidaire est intrinsèque à cette pratique ». Elle appelle à se saisir de cette agression israélienne pour raviver les débats publics actuels en Europe sur la réglementation et les risques liés aux pesticides, à l’heure de décider du sort de la loi Duplomb et de l’accord commercial avec le Mercosur.
