En Belgique, la centrale Biométhane du Bois d’Arnelle en Wallonie produit depuis cinq ans du biométhane, un biogaz purifié injecté dans le réseau de gaz naturel de la région. Issu de la biomasse locale, ce gaz vert génère également du digestat, qui sert de fertilisant pour l’agriculture. Plus de 180 familles d’agriculteurs participent au projet.
Pour supprimer le fossile et réduire la dépendance énergétique de l’Europe, vis-à-vis notamment de la Russie, l’Union européenne (UE) mise sur les initiatives locales de production d’énergies vertes. Bruxelles soutient notamment la production de biométhane, un biogaz produit à partir de déchets organiques et de cultures. Ces matières premières sont épurées pour ne garder que le méthane (CH4), qui est ensuite injecté dans le réseau de gaz naturel en remplacement de celui-ci.
Une centrale de biométhane au nord de Charleroi
En Belgique, où 88% du gaz naturel du réseau est importé, des sites agroalimentaires utilisent des matières organiques, comme des pommes de terre ou du maïs, pour les transformer en biogaz. La plus importante usine de production de biogaz se trouve en Wallonie. Elle est détenue par la société Biométhane du Bois d’Arnelle.
Active depuis cinq ans, c’est la première unité de biométhanisation neuve de la région, intégralement conçue pour la production et l’injection de biométhane issu d’intrants agricoles et agroalimentaires. Située sur la commune des Bons Villers au nord de Charleroi (à 50 km de la France), cette entreprise a débuté sa production en aout 2021 avec 1500 Nm³ de biogaz par heure, issu 55 000 tonnes de biomasse locale. Cela fait 48 GWh par an. C’est l’équivalent de la production de carburant nécessaire pour faire circuler près de 7000 voitures.
Les matières premières transformées dans des digesteurs
La centrale Biométhane du Bois d’Arnelle broie des arrivages agricoles et agroalimentaires, comme du fumier, des betteraves abîmées ou du maïs, pour produire son méthane, constituant principal du gaz naturel. Elle travaille avec plus de 180 familles d’agriculteurs pour avoir sa matière première. Le processus de transformation se fait comme suit. Les manières premières fraîches sont d’abord mélangées entre elles et mises sous forme de lasagne, les unes après les autres, pour faciliter la manipulation.
On les laisse ensuite se décomposer plus ou moins rapidement selon leur composition. Puis, le mélange obtenu est placé dans un digesteur, une sorte de gros estomac, où on le chauffe à 40° pour produire du biogaz grâce aux micro-organismes introduits. Une fois le biométhane extrait des cuves après fermentation, il ne reste plus que des résidus, appelés digestat. Celui-ci sert comme engrais pour les champs en remplacement des produits chimiques.
Le biométhane deux fois plus cher que le gaz fossile, mais meilleur pour la santé et l’environnement
Jérôme Breton, ingénieur à l’origine du projet, précise que ce gaz vert revient environ deux fois plus cher que le gaz fossile, mais que ce prix est à remettre en perspective. « Dans le coup de l’énergie fossile, on ne comptabilise par exemple pas tous les coûts indirects de la santé ou les répercussions sur l’environnement. », argumente-t-il. Par contre, ajoute l’entrepreneur, « dans le cas des énergies renouvelable, les coûts secondaires sont évidemment moindres. ». Jérôme Breton note en outre que le coût du biométhane pourrait baisser si l’approvisionnement en matière première atteint son plein potentiel. Aujourd’hui, seules 5% des matières agroalimentaires disponibles sont exploitées faute d’investissement dans la collecte et la logistique notamment.
Des projets de biogaz prévus dans d’autres régions de Belgique
Par ailleurs, souligne encore Jérôme Breton, on pourrait également optimiser le processus de production en disposant de sa propre électricité et sa propre chaleur. Si tout va bien, Biométhane du Bois d’Arnelle produira sa propre énergie sur place pour le fonctionnement de son usine. La souhaite prévoit également de développer de nouvelles installations dans d’autres régions, en collaboration avec les agriculteurs et les acteurs locaux. « De cette manière, nous pourrons accroître encore la production de biométhane, tout en tenant compte des réalités du terrain. », croit l’entrepreneur.
