Repas gastronomique des Français : 15 ans après son inscription à l’UNESCO, qu’en reste-t-il ?

Le repas gastronomique des Français, cette tradition culinaire qui célèbre le plaisir de bien manger ensemble, a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en novembre 2010. Cette reconnaissance mondiale n’est pas seulement un hommage aux grands chefs, elle célèbre aussi et surtout un art de vivre : celui de la table partagée. Quinze ans après l’événement, que reste-t-il aujourd’hui de cette pratique sociale ?

La France a célébré en novembre les 15 ans de l’inscription du « repas gastronomique des Français » au patrimoine immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance décernée par l’UNESCO en 2010 récompense les grands chefs de l’Hexagone, la patrie de l’art culinaire. Mais elle célèbre aussi et surtout tout un art de vivre de cuisine, avec les bonnes recettes de nos grands-mères, le choix d’un menu exquis, un bon vin en accompagnement, le tout enrobé de discussions qui s’éternisent autour de la table.

Le repas gastronomique des Français, « une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes »

Lors de son inscription en 2010, le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a défini le repas gastronomique des Français comme « une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes, tels que naissances, mariages, anniversaires, succès et retrouvailles ». Il ajoute qu’il s’agit d’un repas festif dont les convives pratiquent, pour cette occasion, l’art du « bien manger » et « du bien boire » avec les productions de la nature. Le comité met en outre l’accent sur le fait d’être bien ensemble ainsi que l’harmonie entre les êtres humains.

La Grande Cuisine née sous Louis XIV

Si cette pratique culinaire existe sous d’autres formes dans des pays comme l’Angleterre, le Japon et la Chine, la France est officiellement le pays qui a inventé la Cuisine, telle qu’on la connait aujourd’hui avec ses codes et ses exigences. C’était sous Louis XIV, au temps des repas de cour somptueux, avec notamment La Varenne, avant une modernisation au XIXe siècle par Auguste Escoffier.

Mais le projet de reconnaissance par l’UNESCO du repas gastronomique des Français a été une longue aventure débutée dans les années 1990. Soutenu par le chef Guy Savoy, entré à l’Académie des Beaux Arts en 2024 (une première pour un cuisinier), il a dû attendre l’année 2003, date de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, pour prendre véritablement forme.

La reconnaissance du repas gastronomique visait à encourager les Français à ne pas abandonner la cuisine au quotidien

À l’occasion de cette convention, plusieurs pays en développement, qui n’avaient notamment que des danses et des chants, ont interpellé l’UNESCO au sujet d’un patrimoine immatériel. L’organisme a alors ouvert cette reconnaissance en posant un critère principal : le choix doit correspondre à une réalité anthropologique et non commerciale. D’où le choix du « repas » par la France et pas du restaurant gastronomique.

Le classement à l’UNESCO du repas gastronomique visait à encourager les Français à ne pas abandonner la cuisine au quotidien et à maintenir les filières agricoles et viticoles, ainsi la bonne santé. Dans ce cadre, cette tradition culinaire met en avant l’achat de bons produits, de préférence locaux, le mariage entre mets et vins, la décoration de la table, la dégustation et les discours.

Un rituel bien défini et structuré

Le repas gastronomique des Français suit également un rituel bien défini. Il débute par un apéritif et se termine par un digestif, avec entre les deux au moins quatre plats : une entrée, du poisson et/ou de la viande avec des légumes, du fromage et un dessert. Le Comité de l’UNESCO précise que la convivialité et le partage doivent accompagner cet ordre bien structuré car le facteur groupe est important.

« Le patrimoine culturel immatériel ne peut être patrimoine que lorsqu’il est reconnu comme tel par les communautés, groupes et individus qui le créent, l’entretiennent et le transmettent », ajoute l’organisation onusienne. Par ailleurs, selon le Comité, « les personnes reconnues comme étant des gastronomes », c’est-à-dire connaissant les traditions culinaires françaises, devraient les transmettre aux nouvelles générations et en préserver la mémoire.

Le repas gastronomique des Français menacé par les conjonctures économiques et sociales

Mais que reste-t-il aujourd’hui du repas gastronomique des Français 15 ans après son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité ? Comment cohabite-t-il avec les nouvelles pratiques culinaires, à l’ère de l’urgence écologique et sous la pression de questions socio-économiques ? Selon une étude de la Fondation Jean Jaurès sur l’alimentation des Français, publiée en juin 2025, 43 % des Français dînent seuls de nos jours à la maison contre 29 % vingt ans plus tôt. Ainsi, nos habitudes alimentaires tendent à être plus individualistes, sous les effets conjugués des grandes évolutions conjoncturelles, sociales et économiques.

Auteur de l’article : Marie Foilpeau

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