François Bayrou espère se maintenir à son poste, malgré la décision des oppositions de voter contre la confiance au gouvernement qu’il a demandée. Pour éviter cette censure, le Premier ministre se dit prêt à retoucher son projet de budget 2026 très critiqué. Mais jusqu’où peut-il aller pour contenter à la fois les Insoumis, les Socialistes et les Lepenistes ?
Alors qu’il est sous la menace d’une grève générale prévue le 10 septembre, François Bayrou a annoncé lundi dans l’après-midi qu’il allait demander la confiance du Parlement sur sa déclaration de politique générale, lors d’un vote en session extraordinaire le 8 septembre. Les oppositions ont d’ores et déjà déclaré qu’ils voteraient contre, afin d’obtenir sa démission et la dissolution du gouvernement. Pour éviter la censure, le Premier ministre se dit prêt à retoucher son projet de budget 2026, très critiqué depuis sa présentation mi-juillet.
François Bayrou prêt à discuter sur tout, sauf sur les efforts à faire pour réduire la dette de la France
À moins de deux semaines du vote de confiance du 8 septembre, François Bayrou a tendu la main aux oppositions, mercredi 27 août sur TF1. « Sur tous les sujets, je suis prêt à discuter, sauf sur un : l’effort qu’on doit faire pour que la France choisisse la trajectoire de sortir du surendettement », a-t-il dit. Le Premier ministre ouvre donc la porte à des concessions, à condition de respecter les 44 milliards d’euros d’économie souhaitées dans son budget 2026. Selon lui, il faut s’accorder sur « l’importance de l’effort » à fournir pour réduire la dette. Ce serait là le plus important.
Les partis d’opposition invités à une réunion lundi pour trouver un accord sur le budget
À partir du 1er septembre, François Bayrou prévoit de recevoir les responsables des partis politiques et des groupes parlementaires pour tenter d’arracher un accord. Mais sur quels points pourrait-il faire des concessions ? Parmi les mesures les plus critiquées de son budget 2026 figure la suppression des deux jours fériés. Pour le Parti Socialiste (PS), il n’est pas question de priver les Français du lundi de Pâques ou du 8-Mai.
Même son de cloche du côté du Rassemblement National (RN), qui craint que « le salaire des deux jours fériés supprimés soit confisqué par le gouvernement pour alimenter le tonneau des Danaïdes des gaspillages publics », d’après sa cheffe Marine Le Pen. Rétablir les deux jours fériés coûterait près de 4,2 milliards d’euros, soit environ 10 % des 44 milliards d’économies visés par le gouvernement, a calculé Bercy.
Il ne faut « pas taper sur les retraités »
Les oppositions, surtout la gauche (LFI, PS, PCF, les Verts)) souhaitent également que le gouvernement taxe davantage les riches. Les Socialistes, en particulier, réclament une taxe « Zucman », un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Cette mesure offrirait un rendement estimé entre 15 et 20 milliards par an. Cependant, l’exécutif redoute qu’elle ne provoque un exode fiscal et la fuite des investisseurs. De son côté, le RN appelle surtout à la suppression de l’abattement fiscal des retraites. Il ne faut « pas taper sur les retraités », a prévenu Julien Odoul, député RN, lundi 25 août sur franceinfo.
Non à une année blanche en 2026
Le parti de Marine Le Pen s’oppose à l’abattement forfaitaire de 2 000 euros proposé dans le projet de budget 2026, à la place de l’abattement de 10 % dont bénéficient aujourd’hui les retraités. Cette réforme voulue par Bayrou rapporterait environ 1 milliard d’euros selon la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. Les oppositions rejettent en outre l’idée d’une année blanche, c’est-à-dire sans hausse des dépenses par rapport à 2025. Cela signifie qu’il n’y aura pas de revalorisation des prestations sociales (RSA, retraites, APL, allocations familiales, prime d’activité…) en fonction de l’inflation. Pour la gauche, ce serait inacceptable.
Pour les partis d’opposition la page François Bayrou est bien tournée
S’il veut donc sauver son poste et son gouvernement, François Bayrou devra lâcher du leste sur ces questions, même s’il ne pourra pas atteindre ses 44 milliards d’euros d’économies en 2026. Mais un geste sur les mesures contestées permettrait-il vraiment d’éviter la censure ? Rien n’est moins sûr car pour la gauche et pour le RN, « la page est bien tournée ». Les Socialistes et les Insoumis ont d’ailleurs dit qu’ils n’iront pas à la réunion de lundi convoquée par François Bayrou.
Une grève générale contre François Bayrou et son budget prévue le 10 septembre
Cependant tout peut changer d’ici là. Les partis d’opposition pourraient finalement participer à la rencontre. En cas d’accord sur le budget, Bayrou sauverait son gouvernement et la France partirait pour un nouveau tour de frustration. Le Premier ministre ferait alors fi de l’opinion des Français. Selon un sondage Elabe publié mercredi, 72% de nos compatriotes souhaitent que le gouvernement Bayrou soit dissout. Pour obtenir gain de cause, ils sont prêts à rejoindre massivement la journée d’action « Bloquons tout le 10 septembre », initiée par le mouvement souverainiste « Les Essentiels ».